La présidentielle 2027 s’annonce comme un scrutin décisif pour l’avenir économique de la France. À quelques mois du premier tour, les chefs d’entreprise montent au créneau pour imposer leurs priorités dans le débat public. Fiscalité, dette publique, réindustrialisation et transition écologique figurent parmi les sujets les plus sensibles. Les entrepreneurs réclament de la visibilité et de la stabilité pour investir et créer des emplois.
Lors de la Rencontre des entrepreneurs de France (REF 2026) organisée par le Medef à Roland-Garros, deux dirigeantes ont confronté leurs expériences. Julie Neuville, présidente de Materrup, entreprise industrielle qui produit du ciment bas carbone, et Adina Grigoriu, fondatrice d’Active Asset Allocation, société d’ingénierie financière digitale. Elles ont livré une analyse sans détour des choix économiques qui attendent les futurs candidats.
Fiscalité et charges : les entreprises demandent de la visibilité
La politique fiscale française est au centre des inquiétudes patronales. Julie Neuville lie directement le poids des charges à la capacité de recrutement des entreprises. Plus les prélèvements augmentent, plus les marges de manœuvre pour embaucher se réduisent. Cette équation simple a des conséquences concrètes sur l’emploi local.
Adina Grigoriu apporte un éclairage différent. Ce qui freine l’investissement, selon elle, ce n’est pas seulement le niveau de l’impôt, mais son imprévisibilité. Un investisseur qui raisonne sur vingt ou trente ans doit pouvoir anticiper les règles du jeu. Chaque revirement fiscal ajoute une prime de risque au coût du capital.
« L’idée, ce n’est pas de faire plus de profit. L’idée, c’est de pouvoir pérenniser les emplois en premier lieu. » – Julie Neuville
Du côté des propositions politiques, les deux dirigeantes attendent un engagement clair sur la stabilité des règles. 📊 Les entrepreneurs ne demandent pas un droit à l’erreur, mais un cadre lisible sur la durée. C’est une condition essentielle pour la croissance économique.
Une imprévisibilité qui coûte cher à l’économie locale
Les exemples concrets ne manquent pas. Une entreprise qui hésite à embaucher parce qu’elle ignore la trajectoire des cotisations sociales. Un investisseur qui retarde un projet industriel parce qu’il craint un changement de cap fiscal après l’élection. Ces situations freinent l’économie locale et pèsent sur l’emploi.
Dette publique : le coût du financement préoccupe les entrepreneurs
La dette publique s’impose comme un sujet majeur de la campagne. Julie Neuville refuse de considérer la réduction de la dette comme une simple formule mathématique. Il faut savoir quelles dépenses seront diminuées et quelles conséquences ces choix auront sur l’innovation, l’investissement ou la formation.
Adina Grigoriu alerte sur un point précis : la charge d’intérêts de la dette française est devenue le premier budget de l’État. Cette situation a un effet direct sur les entreprises. Plus l’État emprunte cher, plus les entreprises empruntent cher. Le coût du capital pèse alors sur tous les projets.
« La vérité sur la dette, parce que la charge d’intérêts est devenue le premier budget de l’État. » – Adina Grigoriu
Les deux dirigeantes convergent sur un point : la France a besoin d’une trajectoire crédible et lisible. 🔍 Les marchés financiers jugent la cohérence du discours politique. Une parole claire sur la dette publique rassure les investisseurs et réduit les coûts de financement pour toute l’économie.
Quelle trajectoire pour les finances publiques ?
Julie Neuville rappelle son exigence personnelle en tant que cheffe d’entreprise. Elle ne peut pas se permettre d’avoir des dettes et de ne pas les régler rapidement. Elle attend des responsables politiques la même rigueur. Cette exigence de gestion saine est partagée par une grande partie du patronat.
Réindustrialiser la France : accélérer, mais avec quelle stratégie ?
La réindustrialisation est au cœur des revendications économiques. Julie Neuville défend une industrie française capable de répondre aux défis environnementaux tout en restant compétitive. Son entreprise, Materrup, illustre cette volonté de produire autrement avec du ciment bas carbone.
Un obstacle majeur subsiste : la lenteur administrative. Une usine peut être déployée en douze mois, mais les autorisations nécessaires peuvent prendre plusieurs années. Ce décalage entre la capacité d’action des entreprises et la réactivité de l’administration freine l’économie locale et décourage les porteurs de projets.
« Nous avons des solutions. Nous avons les ressources intellectuelles. Nous avons les ressources financières qui peuvent être mobilisées. » – Julie Neuville
Adina Grigoriu souligne un avantage méconnu : un projet industriel bas carbone bénéficie d’un coût du capital plus faible sur le long terme. Les investisseurs considèrent ces projets comme moins risqués face au changement climatique. Cette dynamique peut devenir un levier pour la réindustrialisation.
Des procédures administratives trop longues
Le temps est une ressource rare pour les entrepreneurs. Chaque mois de retard dans un projet industriel représente des coûts supplémentaires et des emplois non créés. La question de la simplification administrative doit faire partie des propositions politiques examinées lors de la présidentielle 2027.
Transition écologique : contrainte ou opportunité industrielle ?
Les vagues de chaleur de l’été 2026 ont rappelé que le changement climatique est aussi une question économique. Pour Julie Neuville, transition écologique, compétitivité et industrie ne sont pas contradictoires. Le ciment, particulièrement émetteur de CO₂, peut devenir un terrain d’innovation et de création d’emplois grâce à de nouveaux procédés.
Adina Grigoriu constate que les investisseurs français et européens ont déjà intégré le carbone comme un risque de transition. Cette prise de conscience modifie les stratégies d’allocation des capitaux. Les projets les plus respectueux du climat attirent plus facilement les financements à long terme.
« Transition écologique, économie, compétitivité, industrie ne s’opposent pas. Bien au contraire. » – Julie Neuville
La transition écologique devient un critère central de la compétitivité industrielle. 🌱 Les entreprises qui s’engagent dans cette voie créent des emplois durables et se préparent aux réglementations futures. La question climatique s’impose dans le débat économique de la présidentielle.
Le risque climatique intégré par la finance
Le secteur de l’assurance et la finance à long terme ont compris l’ampleur du défi. Les événements climatiques extrêmes modifient les modèles de risque. Cette évolution pousse les entreprises à accélérer leur transformation pour rester finançables.
L’épargne française peut-elle financer l’économie ?
La France dispose d’un atout considérable : un taux d'épargne parmi les plus élevés d’Europe. Adina Grigoriu défend l’idée d’un troisième étage de capitalisation pour compléter le système de retraite par répartition. Cette épargne longue pourrait financer l’industrie, la transition énergétique et les infrastructures.
Julie Neuville insiste sur l’efficacité de chaque euro dépensé. Qu’il provienne de l’investissement privé ou de la puissance publique, chaque dépense doit avoir un effet de levier maximal. Cette exigence de rendement s’applique aussi aux dépenses publiques.
« Nous avons le capital, mais quelque part, nous semblons refuser de vouloir le faire travailler pour nos retraites. » – Adina Grigoriu
Mobiliser l’épargne française est une piste sérieuse pour l’économie mondiale. 💶 Les fonds européens pourraient financer des projets d’infrastructure et de technologie. Cette orientation suppose une vision politique claire et une réglementation adaptée.
Chaque euro doit produire un effet de levier
La question de l’efficacité de la dépense publique est centrale. Julie Neuville rappelle que les ressources sont limitées. Chaque euro doit être utilisé de la manière la plus efficiente pour protéger l’avenir et préparer les générations suivantes.
Intelligence artificielle : outil d’aide, pas décideur
L’intelligence artificielle bouleverse les méthodes de travail dans tous les secteurs. Dans la finance, Adina Grigoriu explique que l’IA peut scorer, simuler, documenter et aider à expliquer les décisions. Mais elle ne doit pas se substituer à la responsabilité humaine. Les dirigeants conservent la décision finale.
Dans le secteur industriel, Julie Neuville voit l’IA comme un outil d’assistance. Elle permet de libérer du temps pour les tâches à plus forte valeur ajoutée. Les équipes peuvent ainsi se concentrer sur l’innovation et la qualité plutôt que sur les tâches répétitives.
« Nous, on donne à nos clients des outils de décision, pas des boîtes noires. » – Adina Grigoriu
L’IA transforme les métiers sans les faire disparaître. 🤖 Elle change la nature des tâches et exige de nouvelles compétences. La formation des salariés devient un enjeu économique majeur pour maintenir la compétitivité française.
Une assistance précieuse pour les entreprises
Julie Neuville résume l’apport de l’IA en quelques mots : faire plus, faire mieux, faire plus qualitatif. Cette technologie n’est pas une fin en soi. Elle devient un levier de performance lorsqu’elle est mise au service des équipes humaines.
Le « courage » comme mot d’ordre des entrepreneurs
Interrogées sur le courage qu’elles attendent des responsables politiques, les deux dirigeantes ont des réponses complémentaires. Julie Neuville évoque la capacité à prendre des décisions difficiles aujourd’hui pour préserver l’avenir. Adina Grigoriu réclame des engagements concrets et mesurables.
Pour Adina Grigoriu, trois engagements sont prioritaires :
- 📌 La vérité sur la dette publique et sa charge d’intérêts
- 📌 Cinq années de stabilité fiscale et réglementaire pour les entreprises
- 📌 Une mobilisation de l’épargne française au service de l’industrie, de la technologie et de la transition
« Le courage, c’est savoir prendre des décisions difficiles aujourd’hui qui nous permettront demain de survivre. » – Julie Neuville
Le courage politique ne consiste pas à plaire à tout le monde. Adina Grigoriu le dit sans détour : un homme politique courageux n’a pas peur de ne pas être aimé. Cette exigence s’applique directement à la politique fiscale attendue après la présidentielle.
Europe : les priorités des entreprises pour éviter le déclassement
Maciej Witucki, président de Business Europe, organisation qui représente les intérêts des entreprises de 36 pays européens, analyse la situation du continent. Selon lui, le déclassement européen est une réalité. Mais l’Europe conserve des atouts considérables : un marché de 450 millions de consommateurs, des technologies de pointe et des chaînes de valeur industrielles fortement intégrées.
« Oui, on se fait déclasser. L’avantage aujourd’hui, c’est qu’on le sait maintenant, et on a commencé à agir », constate-t-il. Cette prise de conscience collective est un premier pas. Elle doit maintenant se traduire par des décisions concrètes pour renforcer la croissance économique européenne.
Simplifier les règles pour renforcer la compétitivité
Le président de Business Europe plaide pour la suppression des réglementations qui n’apportent plus de protection ni de valeur. L’empilement normatif pénalise les entreprises européennes face à leurs concurrents américains et asiatiques. Il ne s’agit pas de tout déréguler, mais de cibler l’essentiel.
L’énergie, un défi stratégique pour l’industrie
La question énergétique est centrale depuis la guerre en Ukraine. La hausse des coûts de l’énergie a fragilisé l’industrie européenne. Maciej Witucki voit dans le nucléaire et les énergies renouvelables des secteurs stratégiques pour l’avenir industriel du continent. Il souligne cependant un manque de main-d’œuvre pour réaliser les nombreux projets envisagés.
Le marché unique inachevé des services
L’achèvement du marché unique est une priorité pour Business Europe. Les frontières physiques ont largement disparu, mais de nombreuses barrières réglementaires et administratives continuent de fragmenter le marché européen. Leur suppression pourrait constituer une source de croissance relativement immédiate, notamment dans les services.
L’Afrique, un partenaire économique à construire
Enfin, Maciej Witucki évoque les relations avec les marchés émergents, notamment l’Afrique. Pour les entreprises européennes, le continent représente à la fois des débouchés commerciaux et un accès à des ressources naturelles indispensables. Il insiste sur la nécessité de transformer ces ressources localement, afin de créer davantage de valeur ajoutée et d’emplois dans les pays producteurs.
L’économie locale et l’économie mondiale sont ainsi intimement liées. Les décisions prises lors de la présidentielle 2027 en matière de fiscalité, de dette publique et de transition écologique auront des répercussions bien au-delà des frontières françaises. Les entrepreneurs attendent des réponses claires et des engagements tenus.

Diplômée d’école de commerce parisienne, ex-presse économique, Morgane couvre depuis huit ans la mobilité d’entreprise. Elle pilote Unilease pour traduire la jungle du leasing en décisions actionnables.