Transmettre son patrimoine est une décision qui se prépare. Donner de son vivant plutôt que de subir une succession parfois lourde est une option stratégique. Maître Carine Balayé, notaire au sein de l’Étude LÉPANY & ASSOCIÉS à Nanterre, distingue trois leviers majeurs : le choix du moment, la fiscalité, et la rédaction de clauses adaptées. Voici comment en tirer parti.
Donation et transmission : pourquoi agir de son vivant change tout
Beaucoup de parents reportent la transmission à la succession. Une erreur selon Maître Carine Balayé, forte de 25 ans de pratique en droit de la famille. Son étude, fondée en 1761 à Nanterre, est la plus ancienne de la ville. Elle connaît bien les blocages familiaux qui naissent d’une absence d’anticipation.
Donner de son vivant protège le conjoint, équilibre les parts entre enfants et limite les conflits. C’est aussi un levier fiscal puissant. Les droits à payer peuvent être réduits, voire supprimés, grâce aux abattements en vigueur en 2026.
L’astuce juridique majeure : respecter les seuils et cumuler les dispositifs. Les conseils qui suivent s’appuient sur des cas réels. Ils doivent être adaptés à chaque situation familiale.
Fiscalité des donations : les abattements cumulables à connaître
La loi permet de transmettre sans droits jusqu’à certains montants. Les montants ci-dessous sont valables en 2026, mais ils évoluent régulièrement. Un notaire peut confirmer les chiffres exacts au moment du projet.
- 💶 100 000 euros par parent et par enfant, renouvelables tous les 15 ans.
- 👴 31 865 € d’un grand-parent à un petit-enfant.
- 👫 15 932 € entre frère et sœur.
- 👨👩👧 7 967 € d’un oncle ou une tante à un neveu ou une nièce.
Ces abattements sont bien connus. En revanche, une autre enveloppe reste méconnue : le don familial de somme d’argent. Ce dispositif offre un abattement supplémentaire de 31 865 €. Trois conditions s’appliquent : le donateur a moins de 80 ans, le bénéficiaire est majeur, et la transmission prend la forme d’une somme d’argent. Un parent peut ainsi donner jusqu’à 131 865 € à son enfant sans droits à payer.
La mesure temporaire pour financer un logement ou des travaux
Depuis la loi de finances 2025, une disposition exceptionnelle est en vigueur jusqu’au 31 décembre 2026. Elle permet de transmettre 100 000 € supplémentaires à un enfant, sans droits, à condition que la somme finance l’achat d’un logement neuf ou des travaux de rénovation énergétique dans sa résidence principale.
Concrètement, un couple peut transmettre à son enfant cette année 331 865 € dans un cadre fiscal avantageux. Ce montant cumule l’abattement de base, celui du don familial de somme d’argent et la mesure exceptionnelle. Une occasion à ne pas négliger pour les parents qui souhaitent aider leurs enfants à s’installer.
Ces règles de fiscalité favorisent la transmission. Encore faut-il choisir le bon outil juridique pour éviter les mauvaises surprises au moment de la succession.
Donation de somme d’argent : les limites du formulaire CERFA
Pour donner de l’argent à ses enfants, un formulaire CERFA suffit. Aucune obligation de passer chez le notaire. Mais attention au moment de la succession. Le rapport à succession peut anéantir les bénéfices d’une donation faite sans acte authentique.
Prenons un exemple classique. Deux enfants reçoivent chacun 50 000 € par virement. L’un achète un parking bien placé à Paris. L’autre dépense tout dans un tour du monde. Au décès du parent, le rapport à succession s’applique. Le parking vaut désormais 100 000 €. La valeur totale des donations remonte à 150 000 €. Chaque enfant doit recevoir l’équivalent de 75 000 €. Celui qui a investi doit donc verser 25 000 € à celui qui a tout dépensé. La donation initiale était pourtant équitable.
La donation-partage pour figer les valeurs et éviter les conflits
Face à ce risque, une solution simple existe : la donation-partage. Réalisée devant notaire, elle fige la valeur des biens au jour de l’acte. L’usage ultérieur des fonds n’a plus aucune incidence sur l’équilibre successoral. Les enfants savent précisément ce qu’ils ont reçu.
Autre avantage : les émoluments notariaux pour une donation d’argent restent modérés, bien inférieurs à ceux d’une donation immobilière. Un coût limité pour une protection familiale durable. L’acte notarié permet aussi de conditionner le don. Un parent peut exiger que la somme serve à l’achat d’un bien immobilier. Un garde-fou utile pour les jeunes adultes encore dépensiers.
Optimiser sa transmission : les clauses notariales qui protègent la famille
Au-delà de la donation simple, le droit patrimonial offre des outils de personnalisation remarquables. Encore faut-il les connaître. Les clauses permettent de concilier protection du conjoint, équité entre enfants et liberté de gestion du patrimoine.
Le démembrement de propriété : un classique toujours efficace
Donner la nue-propriété d’un bien tout en conservant l’usufruit est une stratégie éprouvée. Elle permet de transmettre la valeur d’un bien tout en gardant la jouissance (loyers ou habitation). Si les parents ont moins de 71 ans, la valeur fiscale de l’usufruit est fixée à 40 %. Les droits de donation ne portent donc que sur 60 % de la valeur du bien.
Exemple : un bien d’un million d’euros est transmis via une donation en nue-propriété. Les droits sont calculés sur 600 000 €. Au décès des parents, les enfants deviennent pleins propriétaires sans aucune taxation supplémentaire, même si le bien a pris de la valeur entre-temps. Cette optimisation de la fiscalité est l’une des plus puissantes du droit français.
Clause de subrogation et réversibilité d’usufruit
Un frein revient souvent : que se passe-t-il si les parents souhaitent vendre le bien donné en nue-propriété ? Une clause de subrogation règle la question. Elle permet de reporter l’usufruit sur le nouveau bien acheté grâce au produit de la vente. La donation se transpose, la sécurité d’habitation reste assurée.
La réversibilité d’usufruit protège le conjoint survivant. Quand des époux donnent ensemble en nue-propriété, la clause prévoit que l’usufruit du premier décédé bascule sur l’autre. Les enfants n’accèdent à la pleine propriété qu’au second décès. Un dispositif précieux en cas de remariage ou de forte inégalité de revenus entre époux.
Cas particuliers : handicap et renonciation anticipée
Les situations familiales atypiques méritent des solutions sur mesure. Pour un enfant en situation de handicap, une donation d’usufruit temporaire est idéale. Elle assure un complément de revenu sans pénaliser les autres enfants. La durée est librement fixée, puis le bien réintègre le patrimoine du parent.
Autre outil utile : la renonciation anticipée à l’action en réduction (RAAR). Un enfant peut accepter volontairement de ne pas faire valoir sa part légale dans la succession. Cette signature évite qu’une donation importante soit remise en cause après le décès. Une protection pour les familles recomposées ou les situations complexes.
Donation, succession, indivision : les évolutions juridiques de 2026
Le cadre légal évolue sans cesse. En 2026, la réforme de l’indivision promulguée en avril s’annonce comme un bouleversement majeur. Une partie non négligeable du parc immobilier français est bloquée par des successions ou des indivisions non résolues. Cette réforme vise à libérer ces situations complexes.
Pour Maître Carine Balayé, la tendance est claire : les outils de transmission se multiplient, mais leur maîtrise exige un professionnel. Chaque famille a son histoire, ses contraintes et ses objectifs. une donation bien préparée apporte une sérénité durable.
Les astuces juridiques présentées ici ne remplacent pas une consultation personnalisée. Un notaire étudie la situation familiale, le régime matrimonial, et propose des solutions adaptées. Anticiper permet d’éviter des conflits et de réduire la fiscalité. Le moment d’agir, c’est maintenant.

Diplômée d’école de commerce parisienne, ex-presse économique, Morgane couvre depuis huit ans la mobilité d’entreprise. Elle pilote Unilease pour traduire la jungle du leasing en décisions actionnables.